Le studio imprévisible de Pierre L’Excellent

[Article paru sur Chroniques d’Architecture le 24 janvier 2017]

Pierre L’Excellent a une façon presque timide de se tenir à distance des bâtiments qu’il photographie. Serait-ce parce que, architecte de formation, il ne peut s’empêcher de faire montre de respect pour les ouvrages de ses commanditaires ? C’est pourtant cette distance qui lui donne la proximité nécessaire à la réalisation de ces portraits d’une étonnante précision. Chronique-photos.

Chaque photographie est l’histoire d’une rencontre où l’image fige, l’espace d’un instant, le portrait et la personnalité d’une œuvre. Pour faire parler l’architecture, être émerveillé par le monde, je regarde les bâtiments comme on regarde une personne que l’on veut connaître, je prends le temps d’établir avec eux un dialogue.

Tour Mirabeau. Architectes : Pierre-Paul Heckly et Noël Le Maresquier. 1972
Je n’appréhende pas les constructions comme des objets inertes. Ils évoluent au fil des journées, leurs volumes s’assemblent sous la lumière. Je suis un portraitiste d’architecture à la recherche du meilleur profil.

Fondation Louis Vuitton. Architecte : Frank Gehry. Artiste : Daniel Buren
Plus qu’une image, le photographe produit un imaginaire. Il compose avec les conditions et utilise le temps pour saisir la beauté de l’édifice, en révéler les détails. Le monde est un studio imprévisible sur fond d’environnement.

La tête dans les nuages. Centre commercial Lyon Confluence. Architecte : Jean-Paul Viguier. 2012
C’est une invitation au voyage où l’on cherche les émotions. Il y a des conventions de représentation mais le véritable enjeu c’est de savoir s’en affranchir si nécessaire. Savoir s’adapter, évoluer entre rigueur et créativité.

Septième ciel. Réhabilitation de la Maison de la Radio. Architectes : A.S. (Architecture Studio)
Si abstraction et minimalisme peuvent produire des images puissantes, les constructions sont aussi autant de théâtres de la vie. Leurs usagers en sont les figurants, ils nous renseignent sur l’échelle et la fonction du bâtiment, dialoguent avec l’édifice, apportent dynamisme et graphisme à la composition.

Fondation Prada 1. Architecte : OMA / Rem Koolhaas
L’architecture est un art qui se fréquente au quotidien, qui se découvre avec patience. J’essaie dans mes photographies de rendre hommage à ceux qui produisent le bâti, de montrer l’essence de chaque projet, la qualité de chaque matière.

Brenac & Gonzalez - Logements Paris Boucicaut - 1
Architecte de formation, j’aime découvrir des endroits nouveaux et partager mon ressenti. Exprimer l’atmosphère d’un lieu, suggérer l’espace, et donner à l’image un pouvoir évocateur. Jouer sur les contrastes, par exemple entre l’immobilité d’une structure et le mouvement d’un homme : la gare où l’on passe, s’arrête et se presse.

Gare de Lisbonne Oriente. Architecte : Santiago Calatrava. 1998
Parfois le contraste est aussi dans les intentions des concepteurs, dont les œuvres peuvent parler de la relation entre la nature et l’architecture notamment. Il faut chercher et exprimer cette volonté, valoriser le bâtiment et sa végétation, sans négliger la qualité de la photographie.

Edouard François - Tour de la Biodiversité M6B2 à Paris - 47
Je suis un vrai passionné d’architecture, j’aime explorer les villes en plus de mon travail de commande, provoquer des rencontres et en partager ma vision. Parfois une vue générale se fera témoin d’une insertion dans un contexte, parfois un détail soulèvera toute l’attention portée à la réalisation.

173 rue du Chevaleret. Architecte : Archigroup. "Ré-architecture" du bâtiment de Maurice Novarina
Mes photographies proposent une interprétation de l’espace, sa géométrie, ses textures, son rapport à la lumière. Toute construction, célèbre ou anonyme, a une histoire à raconter. Il faut prendre le temps de l’observer, la parcourir, et d’en saisir la dimension.

Brenac & Gonzalez - Îlot Yersin à Paris - 1